A Paris, la statue “Le Baiser” de Brancusi ne bougera pas du cimetiere du Montparnasse

A Paris, la statue “Le Baiser” de Brancusi ne bougera pas du cimetiere du Montparnasse

Une statue du celebre sculpteur d’origine roumaine orne une tombe de ce cimetiere du 14e. Le Conseil d’Etat vient de declarer qu’elle ne peut etre deplacee.

Un baiser pour l’eternite Mais cache, enferme dans un coffrage en bois au-dessus d’une tombe au cimetiere du Montparnasse, a Paris. Dans cette boite, un monolithe sculpte represente deux amants enlaces, dont les deux corps nus ne font qu’un bloc. Le sculpteur franco-roumain Constantin Brancusi a realise une quarantaine de versions de ce celebre et fusionnel Baiser, le premier en 1907, le deuxieme en 1909, et qui fut installe sur la tombe de Tatiana Rachewskaia en 1910. Cette jeune femme russe, etudiante en medecine a Paris, mit fin a ses jours a 23 ans en raison d’un amour malheureux.

Son amant, d’origine roumaine, connaissait Brancusi, eleve de Rodin et artiste inconnu a l’epoque, et proposa aux parents de Tatiana d’acquerir Le Baiser. Pres d’un siecle plus tard, en 2005, les six heritiers ukrainiens de Tatiana Rachewskaia, titulaires sans le savoir de la concession perpetuelle et proprietaires du monument funeraire, ont ete retrouves et contactes par un marchand d’art parisien, Guillaume Duhamel. Ils ont ensuite fait valoir leurs droits sur la concession aupres de la mairie de Paris, puis ont demande au ministere de la Culture un certificat de sortie du territoire, qui leur fut refuse (certificat obligatoire pour pouvoir realiser une vente a l’etranger).

Il faut dire que les ?uvres du sculpteur ont atteint au XXIe siecle des prix tres eleves aux encheres : plus de 22 millions d’euros en 2005 par exemple pour Oiseau dans l’espace. Plus recemment, en 2017, La Muse endormie a reveille les acheteurs et est partie, toujours indolente, a plus de 52 millions d’euros. Et en 2019, c’est La Jeune Fille sophistiquee (portrait de Nancy Cunard) qui s’est envolee pour plus de 65 millions d’euros.

Une epopee judiciaire

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Apres avoir refuse la demande de la famille, representee par le marchand d’art et la maison de vente Millon, le ministere de la Culture a classe la statue du cimetiere du Montparnasse tresor national, empechant toute sortie de l’Hexagone. Puis la tombe a ete inscrite dans son integralite au titre de monument historique en 2010, en tant qu'”immeuble par nature” : impossible d’enlever une partie de l’ensemble.

Cette decision a ete contestee par les descendants de Tatiana. Une epopee judiciaire a alors debute. Fin 2020, la cour d’appel du tribunal administratif leur a donne raison : Le Baiser, concu avant le monument, pouvait etre enleve de son socle et deplace. A la suite de cet arret, le 17 decembre dernier, une drole d’ambiance regnait au cimetiere du Montparnasse, un endroit normalement paisible. Des representants de la famille ont essaye de recuperer la statue mais en ont ete empeches par des agents municipaux presents sur place. “Nous avons fait constater cela par huissier”, assure l’avocate des plaignants, Isabelle Robert-Vedie, du cabinet Simon Associes.

Le Conseil d’Etat saisi

Le ministere de la Culture a, de son cote, saisi le Conseil d’Etat. Et la plus haute juridiction administrative francaise vient https://datingmentor.org/fr/adultspace-review/ de rendre, debut juillet, une decision inverse a celle de la cour d’appel : “La sculpture a ete achetee dans l’unique but d’etre scellee sur la tombe de la jeune femme, constituant ainsi un monument funeraire indivisible. A ce titre, ce monument doit etre considere comme un ‘immeuble par nature’ au sens de la loi, ce qui autorise l’Etat a l’inscrire comme monument historique sans l’autorisation de ses proprietaires.”

Et sans indemnisation, selon Me Robert-Vedie, au contraire d’un classement en tant qu'”immeuble par destination” (piece rapportee qu’on peut deplacer). La Ville de Paris, contactee par le JDD, qui “n’est pas partie prenante”, “se satisfait d’une decision qui reconnait l’aspect patrimonial des monuments funeraires et permet leur protection”. Pas de risque que le centaure de Cesar, sur la tombe du sculpteur, ou le chat en mosaiques colorees de Niki de Saint Phalle sur celle d’un ami, les deux au cimetiere du Montparnasse, soient un jour descelles par des ayants droit.

“Les proprietaires du monument funeraire de Tatiana Rachewskaia ne contestent pas la necessite de le proteger, indique l’avocate. Ils ont notamment toujours ete discrets, pour ne pas attirer trop l’attention sur l’oeuvre au contraire de l’Etat.” Ils ont aussi fait installer un coffrage ventile, “qui evite sa degradation”. “Mais la derniere decision juridique a un effet inverse, ajoute Isabelle Robert-Vedie, elle maintient cette oeuvre de grande valeur en plein air, avec les risques que ca induit. Dans les jardins de Versailles, certaines statues sont des copies et les originaux ont ete mis a l’abri.” Deux cameras installees par la mairie de Paris surveillent Le Baiser, enferme dans son coffre. Reste que la sculpture est a present occultee, sans doute pour des annees encore. Les heritiers veulent desormais porter l’affaire devant la Cour europeenne des droits de l’homme.

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